à la conquête de l’Ouest…


Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 13:53

            9h30, pas un chat, le musée semble fermé, une grille cadenassée bloque l’entrée. Bizarre, il aurait pourtant dû être ouvert depuis 30 minutes. En tout cas, maintenant que je suis là, il faut que j’entre… Allons voir s’il y a quelqu’un dans le jardin derrière. Ah, apparemment le Mzungu a fait construire sa maison, collée juste derrière son musée. Une fenêtre ouverte, j’entends des voix. « Il y a quelqu’un ? ». Bruits de métal, plus rien, puis la porte de derrière s’ouvre. Ah, le voilà qui apparaît ! Un vieux Mzungu aux cheveux blancs. Présentations, il semble tout heureux d’accueillir un improbable hôte dans son musée privé, et me propose d’entrer tout de suite pour commencer la visite.

            Nous passons par la porte du garage, M. Wilson devant, me montrant le chemin. Il me paraît très vieux, il boite. Nous arrivons dans une grande salle rectangulaire où se trouvent de nombreux  objets anciens, comme empruntés aux millénaires passés. Vases en terre cuite, colliers, vêtements en peau de bêtes,… Avant même d’avoir commencé son discours, mon guide est essoufflé. Mais mon Dieu, ce pauvre homme est en fin de vie ! Il va me faire une syncope ! Les mains croisées sur son ventre proéminent, l'Ecossais entamme cependant ses révélations.

            Tout commença dans les années cinquante, alors qu’en tant qu’écologue, John Wilson travaillait dans le nord-est de l’Ouganda près de la frontière kenyane, dans le district appelé Karamoja. Effectuant ses recherches sur des plantes et minéraux, le scientifique fit petit à petit connaissance avec la tribu locale, les Karamojong. Une amitié réciproque se construisit alors, au point que les membres de l'ethnie finirent par lui demander de rester avec eux, tout simplement… Après hésitation, il se laissa convaincre, devant le grand honneur que ses amis lui faisaient, lui proposant des terres en cadeau. Ces gens vivaient d’une manière très différente de l’occidentale : les hommes, totalement nus, portaient des lances et des coiffures complexes, tandis que les femmes étaient recouvertes de bijoux de toutes sortes, colliers métalliques, boucles d’oreilles etc.

            Bien que déjà époumoné, mon narrateur continue son marathon locutif sans aucune faille dans ses souvenirs, comme s’il me racontait ses aventures toutes fraiches de la veille. Il vécut là-bas 30 années, et avec le temps, il découvrit cette culture fascinante et décida de mettre de côté des objets de leur vie quotidienne, pour conserver une trace de ces savoir-faire et ces pratiques culturelles si élaborées. Il compris plus tard qu’il n’avait pas perdu son temps, lorsque Idi Amin, chef d’état ougandais, envoya ses troupes expliquer aux Karamojong qu’il était grand temps de s’habiller, comme tout le monde, et de cesser ainsi de faire honte à la nation ougandaise toute entière. Ce jour de 1960 sonna le début de la destruction d’une culture. Le Scot, pris au milieu du processus, choisit de quitter le pays pour mettre en lieu sûr les reliques de cette civilisation mourante, mais aussi pour sauver sa peau, car la transition ne se fit ni dans la joie ni dans la bonne humeur…

            Ces objets sont ceux que j’ai sous les yeux dans cette salle, plusieurs centaines, voire milliers… Et parmi eux, les poteries Karamojong présentent une particularité remarquable. Mon interlocuteur, se penchant vers moi, me l’annonce en chuchotant : des inclusions de stéatite étaient ajoutées volontairement à l’argile… Ce procédé ayant déjà été observé chez d’autres civilisations éteintes telles que celle des Egyptiens, un ami lui conseilla de publier un article pour annoncer sa découverte. Ce qu’il fit en 1973, dans la revue scientifique « Man ». A son grand étonnement, il reçu alors par la suite de nombreuses lettres en provenance des quatre coins du globe, de scientifiques le félicitant d’avoir découvert la dernière civilisation au monde conservant ces pratiques ancestrales, et considérées comme disparues, déjà existantes vers 7000 av. JC d’après certaines fouilles archéologiques menées autour de la méditerranée.

            Décidé à s’intéresser plus en profondeur à ces particularités, John Wilson découvrit alors que non seulement les méthodes, mais aussi les noms donnés aux objets fabriqués présentaient des ressemblances avec ceux donnés au objets similaires égyptiens. Agitant sa petite barbe, il me précise que c'est en s'égarant sur l’étude plus approfondie des langages, qu'il finit par repérer des corrélations frappantes entre l'Akarimojong, la langue des Karamojong, et de nombreuses langues modernes. L’exemple qu’il se plaît à répéter concerne les noms donnés au « champ cultivé ». En Akarimojong, un champ se dit « amana » ; or le dieu égyptien des récoltes s’appelait « amanu » ; mais aussi, un sillon en Hébreu est appelé « maanah » ; et plus loin encore, au Tibet, on nomme le champ cultivé « rman » ; tandis qu'au Bangladesh la première récolte de riz est l'« aman » ; le fumier en anglais est « manure » ; une terres divisées en carrés est un « amazamiento » en espagnol ; ou encore, en gaelic, la langue maternelle de John, « manas » signifie ferme… Après plusieurs années de recherches, l’homme a fini par compter plusieurs milliers de similitudes entre la langue des Karimojong, et les langues modernes tout autour de la planète...

            La théorie du scientifique est donc la suivante : si les pratiques des Karamojong, et si les mots donnés à ces pratiques, sont si ressemblantes aux pratiques et à leurs noms existants encore dans les langues modernes, cela signifie qu'à l'origine, une seule langue planétaire recouvrait le globe. Et puisque les Karamojong ont conservé des pratiques ancestrales sans les changer, il est pertinent d'imaginer qu'ils ont aussi conservé fidèlement cette langue ancestrale. Ainsi, le langage des Karamojong pourrait être très proche de ce qu'était la langue originelle de l'humanité, à partir de laquelle auraient évolué toutes les autres langues, s'éloignant plus ou moins de celle-ci avec le temps. Mais Dr. Wislon va plus loin : si le vocabulaire mondial concernant l'agriculture trouve des racines communes dans la langue akarimojong, cela remet en question les paradigmes archéologiques actuels selon lesquels l'agriculture serait née 8000 ans av. JC dans le Croissant Fertile. Selon Monsieur John Wilson, et d'après ses estimations, cette découverte révolutionnaire repousse les limites de l'invention de l'agriculture quelques dizaines de milliers d'années en arrière...

            Mais malheureusement, il n'a pas encore réussi à réveiller la communauté scientifique internationale, qui continue naïvement à s'accorcher aux anciennes conceptions pourtant dépassées. Il est vrai tout de même que l'on pourrait objecter que le hasard peut  simplement donner naissance à de telles similitudes, ou encore que les interactions entre cultures depuis des milliers d'années auraient pu ajouter artificiellement ces ressemblances, par l'échange de mots entre langues d'origines différentes. Et personnellement, je serais assez séduit par la théorie inverse d'une convergence des langages, qui tendraient vers l'utilisation de mêmes sons pour décrire les mêmes objets. En effet, considérant que nos cerveaux fonctionnent de la même manière quelque soit « l'ethnie », ne serait-il pas possible qu'un objet, de par ses caractéristiques, soit voué à être finalement appelé d'une certaine manière, et cela pour des raisons physiologiques...?!

            Je n'ai pas osé en parler à Wilson, mais toujours est-il que notre scentifique est sûr de lui et prêt à argumenter. Il s'est d'ailleurs attaqué récemment à l'écriture d'un livre, pour projeter au grand jour sa découverte. Cet essai s'appelera « Africa- the last gasp of the past », by John G.Wilson, et devrait, il le souhaite, se trouver sur les rayons sous peu. Il ne lui reste que deux chapitres à rédiger, et il a déjà envoyé la veille, le début de son travail à un éditeur américain, espérant très fort qu'il sera publié. Il imagine déjà la renommée internationale qu'il va acquérir, et me glisse en plissant ses yeux brillants d'un air malicieux, qu'il va enfin pouvoir avoir ce dont il a besoin : « Money !». Tiens ! Et bien je vois que, si le corps ne suit plus, l’esprit, lui, ne perd pas le Nord Monsieur Wilson… !

            Révolution scientifique ? Délires d'un vieux chercheur en fin de vie ? L'avenir nous le dira... Mon guide me propose donc de finir la viste par moi-même, car il doit maintenant se pencher sur la rédaction de son avant-dernier chapitre. J'admire donc sa collection, perplexe, avec comme fond sonore, le clapotis de la machine à écrire sur laquelle il entamme son chapitre 12.


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Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /Oct /2007 13:44

            Je viens de découvrir, en me baladant dans cet Ouest kenyan, une différence culturelle entre la France et le Kenya, qui m’avait échappé jusqu’à maintenant et qui pourtant me paraît majeure après coup. On peut régulièrement voir ici le tableau suivant : deux hommes discutant, côte à côte, main dans la main, ou plutôt s’effleurant des mains…

            La première chose me venant à l’esprit devant une telle scène, est donc que je me trouve devant un couple d’homosexuels. Mais en fait, pas du tout. J’ai même demandé confirmation pour être sûr ! Il ne s’agit que d’un geste d’affection, d'une salutation à rallonge, la fin d'un serrage de main. Et de manière générale, deux hommes se connaissant bien auront facilement des contacts physiques affectueux.

            En fait, j’ai mis trois mois à remarquer cet aspect de la culture kenyane pour deux raisons. Premièrement, j'ai rarement vu deux hommes de culture swahilie, la culture de la côte kenyane, dans une telle position. Peut-être à cause de l’héritage culturel musulman, cette particularité n’existe pas vraiment à l’Est. Et deuxièmement, lorsque je me suis retrouvé face à ce genre de scène, je n’ai tout simplement pas compris ce qui se passait. J’ai fait preuve de ce que notre sociologue Denys Moreau aurait appelé, si je me rappelle bien son explication, l’ethnocentrisme : j’interprétais la situation subjectivement par rapport à mes repères culturels français. Et en France, si deux hommes se tiennent par la main, alors c’est qu’ils sont homosexuels…

            Mais finalement, en mettant de côté mon ethnocentrisme, cette particularité me paraît on ne peut plus logique : au Kenya, les hommes ou les femmes ne sont pas gênés par le fait d’avoir des contacts physiques affectueux, alors qu’en France, ce que les femmes peuvent faire sans gêne, les hommes ne le font pas. C’est quand même énigmatique, et je me demande bien ce qui peut en être à l’origine !

            Et d’ailleurs, même en considérant qu’il n’y a pas de fondement logique à cette gêne, je me rends compte qu’elle est ancrée très, très profondément en moi. Et je suis mal à l’aise, lorsqu’un homme ici, me tient la main, alors que je sais qu’il ne s’agit que d’une marque d’affection, un compliment quoi !


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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /Oct /2007 13:35
nakuru.JPG

 

            Mon sac à dos Tintin sur le dos, celui que j’ai eu pour mes dix ans, je pars de bonne heure ce matin pour l’ascension du cratère Menengai, tout proche de la ville de Nakuru. Au milieu de la vallée du Rift, cet ancien volcan de 12 Km de diamètre est le plus grand du Kenya. On peut même deviner, à l’intérieur du cratère, les anciennes coulées de lave à peine masquées par la végétation.

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            Sur le chemin, quelques groupes d’enfants guettent le touriste égaré. Ils s’approchent, et entament la conversation type :

            « Hé mzungu, how are you ?

- Fine, thank you.

- Give me sweets.

- I have no sweets !

- Give me 5 shillings.

- Why ?!

- Ok, no problem, good bye !

- Bye ! »

En fait ces enfants ne sont pas spécialement dans le besoin, mais tentent simplement leur chance à leurs heures perdues. Car, apparemment, mes homochromes ont pris l’habitude de distribuer généreusement des bonbons et de l’argent, et cela en toutes occasions ! Mais moi je n’aime pas bien ça…

            Arrivé au sommet, des commerçants m’attendent précisément. Ce sont les mêmes que ceux d’Astérix chez Cléopâtre, juste au pied du Sphinx. L’un d’eux insiste pour me montrer ses petites sculptures en « soapstone », une roche très tendre et assez facile à travailler. Je me laisse convaincre, mais je le préviens : je suis étudiant avec un petit budget, donc je ne suis vraiment pas sûr de pouvoir lui acheter quelque chose. Il me présente ses objets,

            - Combien pour celui-là ?

- 200 shillings.

- Woua, c’est beaucoup, je ne vais pas pouvoir payer tant !

Je fais mine de ne plus être intéressé, j’ajoute quelques mots en swahili, puis le prix diminue :

- Sawa, shillingi mia moja na hamsini. (« Ok, 150 shillings »)

Ah, c’est déjà mieux, mais je suis sûr que l’on peut encore descendre facilement jusqu’à 100 shillings. Je retente le « étudiant petit budget », mais sans succès. D’ailleurs, avant même d’attendre ma confirmation, mon marchand commence déjà à préparer la sculpture ! Bon, aller, ok, vas-y pour 150 shillings… 25% de réduction c’est déjà pas mal, je ferai mieux la prochaine fois.

Moi qui avais horreur de ça, je commence à aimer le marchandage. C’est finalement une manière très saine d’échanger et de fixer les prix : on cherche petit à petit l’échange juste, l’équilibre entre la valeur que le vendeur donne à son travail, et ce que l’acheteur est prêt à payer pour obtenir l’objet, afin que les deux aient retiré un avantage dans la transaction. Mais c’est aussi tout simplement un échange agréable de mots, entre deux personnes : on tâtonne, on jauge, on plaisante, on bluffe, on argumente, c’est un vrai jeu de stratégie. Et c’est tellement amusant, que je finirais même par avoir envie d’acheter quelque chose rien que pour le plaisir d’avoir marchandé…

Et maintenant direction mon hôtel à trois euros cinquante la nuit, où je vais prendre une bonne douche bien froide.


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Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /Oct /2007 13:16

            Je n'aurais pu raconter mon voyage en direction du soleil couchant sans parler de l'endroit où j'ai passé une si grande partie de mon temps : les matatus. À l’origine, ce mot signifiait « trois centimes » en swahili (tatu = trois). Autrement dit, le matatu est ici le moyen de transport le moins cher, mais c'est aussi l'occasion de plonger directement au coeur du Kenya...

            Après calcul, j'aurai passé environ 50 heures dans ces matatus, pour effectuer une distance totale de 2000 Km, et en ayant dépensé pour cela une soixantaine d'euros. Ce qui signifie donc que ma vitesse moyenne a été de 40 km/h, ce qui est peu, mais qui donne une vague idée de l'état moyen des routes dans ce pays !

            Après ces dizaines d'heures passées assis dans ces bus, je me considère donc modestement comme un expert en la matière, et m'apprête à te dispenser ci-après un cours de matatu :
matatu.JPG

            Le matatu est donc un minibus privé, d'environ trois mètres de long, et de 14 places. Chaque véhicule est géré par une équipe de deux personnes : le conducteur, et le contrôleur. Le contrôleur est chargé d’ameuter les voyageurs potentiels. C'est à lui que revient la tâche d'optimiser le rangement des bagages et l'agencement des passagers. Il n'oublie jamais de te faire payer la course en tapotant gentiment ton épaule le moment venu, ou encore en secouant ses pièces au creux de ton oreille, pour attirer ton attention. Enfin, c'est lui qui frappe deux coups sur la carrosserie du bus pour annoncer au pilote qu'il faut s'arrêter là, car tu dois descendre. Quant au conducteur, il a tout simplement pour rôle d'amener le plus vite possible les passagers jusqu'à leurs destinations respectives.

            Chaque matatu est customisé, pour attirer le client : autocollants, photos, slogans, style musical propre, néon bleu ou vert pour la nuit. Mais le sommet de l'art du matatu se trouve sans aucun doute à Nairobi : le matatu nairobinois n'est rien d'autre qu'une discothèque nomade. Sur un à trois écrans disposés dans le bus, les voyageurs peuvent admirer des clips en continu, lus en direct par un lecteur DVD. Le son monté à plein volume s'échappe alors par une multitude de haut-parleurs fourrés un peu partout. Et pour couronner le tout, les néons nocturnes sont remplacés par des néons de lumière noire.

            Le matatu est aussi le moyen de transport le plus riche en petites anecdotes à raconter les soirs d'hiver au coin du feu : l'éclat de rire de tous les passagers, sauf moi, lorsque l'annonceur radio pond une blague en swahili ; l'attachage de ceinture généralisé et l'extinction de la radio à l’approche des barrages de police ; une engueulade, toujours en swahili, entre le contrôleur et un passager qui ne veut pas payer ; les débats politiques enflammés ; ou encore le partage d’un épis de maïs grillé avec mon voisin flatté que je visite son pays.

            Et contrairement à ce que l'on pourrait croire depuis notre vieille Europe, ces barrages de police sont bien plus fréquents ici qu'en France. Sur un trajet d'une centaine de kilomètres, on peut être certain d'en croiser plusieurs, et de se faire contrôler par l'un d'eux au moins une fois. On sent que l'Etat kenyan fait un effort pour contrer la criminalité, mais aussi pour réduire la forte mortalité sur les routes. Ces barrages réduisent donc, un peu, la surcharge légendaire de ces « taxis-brousse », mais qui deviennent donc plus sûrs par la même occasion.

            Et pour finir, le système de transport matatuesque à l'avantage d'illustrer très clairement ce que peut être un marché ouvert à la concurrence presque libre et presque parfaite, avec ses atouts et ses défauts, c'est le point qui suit :

            L'efficacité du marché est peut-être le plus grand avantage retiré de ce système : le contrôleur et le conducteur ayant leurs salaires directement corrélés au nombre de personnes transportées dans la journée, le remplissage des matatus est systématiquement optimisé. Un matatu contenant 13 passagers va donc rouler tout doucement, et le contrôleur de héler par la fenêtre, pour finalement trouver un quatorzième consommateur. Ce n'est donc que lorsqu'il sera plein, que le matatu partira. Ensuite, c'est au conducteur d'agir, et l'on peut lui faire confiance, il ira le plus vite possible jusqu'à son objectif, en ne s'arrêtant que lorsque quelqu'un doit descendre ou monter. Ainsi, d'un point de vue de la communauté, on aura transporté le plus de gens possible, avec le moins de carburant possible, et cela le plus rapidement possible... On aura donc obtenu les prix les plus bas possibles et un temps de trajet le plus court pour les consommateurs.

            Mais d'un autre côté, un tel système de transport en commun ne garantit ni la stabilité des  prix, ni celle des horaires aux passagers. D'une part, il est tout à fait possible d'attendre plusieurs quinzaines de minutes avant de tomber sur un matatu non encore plein. D'autre part, le prix suit exactement la loi de l’offre et de la demande : aux heures de pointe et lorsqu'il pleut, les prix peuvent doubler voire tripler, puisque tout le Kenya cherche un matatu au même moment. Les petits budgets sont donc contraints de choisir les heures creuses, mais sans être sûr de pouvoir trouver un moyen de transport à ces heures-là, puisque s'il y a moins de demande, l'offre diminue... Un autre désavantage de ce système est l'effet pervers de la compétition. Les conducteurs sont en effet incités à l'excès de vitesse pour rester concurrentiels. Ils conservent aussi leur matatu en circulation jusqu'à des seuils de vieillesse plutôt inquiétant, et cela pour retarder l'investissement dans nouveau véhicule. Enfin, la gestion du trafic n'étant pas centralisée, il s'ensuit régulièrement des situations chaotiques, lorsque dans les rues, les bus s'arrêtent et redémarrent n'importe où et n'importe quand.

            Mais certains de ces désavantages sont compensés par un, encore timide, arbitrage de l'Etat : les contrôles de police ont fait diminuer le nombre d'accidents en garantissant le bon état des véhicules, en limitant les excès de vitesse, et la surcharge des matatus. Par ailleurs, le gouvernement a commencé à mettre en place à certains endroits des arrêts de bus, et des zones de routes élargies, ce qui diminue tout de même la confusion.

            Je te laisse donc méditer sur le débat politique à peine dissimulé derrière ces derniers paragraphes...


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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /Oct /2007 13:13

 
ngong-hills.JPG

            Nous sommes à une trentaine de kilomètre de Nairobi, et tu peux voir ci-dessus, deux des quelques collines alignées qui surplombent la vallée du Rift sur son côté Est. Ces buttes, les Ngong Hills, sont en fait les restes érodés d'une ancienne chaîne volcanique de direction nord-sud. Et les petits points bleus et rouges sur le premier volcan, que tu peux admirer en penchant la tete vers la droite, sont autant de petits écoliers kenyans, vêtus de leurs costumes d'école à l'anglaise, en voyage de classe d'un jour à la découverte d'une des nombreuses richesses de leur pays : l'activité géologique de la vallée du Rift.

            Depuis le haut de ces collines, où les habitants de Nairobi en manque d'air respirable viennent  pique-niquer chaque dimanche, on peut donc profiter d'une vue prenante sur une tranche de cette vallée. C'est ce que l'on voit juste en dessous...

ngong-hills-2.JPG

            Malheureusement, nous sommes l'après-midi et la lumière du soleil est si forte que les contrastes sont écrasés sur la photo. Mais on peut apercevoir au loin, ces lignes parallèles, témoignant des forces souterraines phénoménales qui tirent chacun des côtés de la vallée, creusant peu à peu cette dépression. En bas, c'est le pays Massaï. Les membres de cette tribu, pasteurs nomades, sont installés de manière très éparse sur ce territoire, afin de conserver assez de surface pour faire paître leurs animaux dans cet environnement plutôt aride. En fait, l'eau de pluie étant apportée par les vents d'Ouest océaniques, l'eau tombe préférentiellement sur les plateaux à l'Est de la vallée, avant de pouvoir atteindre celle-ci. Ainsi, cette bande de terre se trouve être particulièrement sèche, tapissée de savanes, et parsemée de plantes adaptées à la sécheresse - euphorbe, sisal, aloe - ce qui donne une allure très exotique au paysage.

            Les archéologues soupçonnent d'ailleurs notre arrière grand-père Homo erectus d'avoir fait ses premiers pas justement à cet endroit. Ils imaginent que, la vallée se creusant et s'asséchant en conséquence, la forêt disparut, et notre ancêtre ne pouvant plus sauter entre les arbres, dû apprendre à marcher sur ses deux pattes arrières pour se déplacer.


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